Muang Ngoi : un paradis au bout du monde

Récits de voyage > journal de voyage
Laos - Muang Ngoi
de Angel et Ben, le 04-02-2008

Muang Ngoi : un paradis au bout du monde

Nous venons de quitter Luang Prabang dans un minibus a l'intérieur duquel nous avons l'impression que notre dernière minute a sonné... A plus de 100 km a l'heure, traversant des bourgardes par quinzaines, notre bus s'envole littéralement sur des sinueuses routes de montagnes de la région de Kasie, au Nord est du Laos. Nous nous rendons bien compte que les normes de sécurité ne sont pas respectées et que sur les panneaux de limitation de vitesse, le chauffeur y applique automatiquement un coeff. de 2, ainsi 50 égal 100km voir plus... Celui-ce ne semble pas s'apitoyer sur la destinée des gens venus construire leur village ici.

En effet, dans les hauteurs, se sont installées des minorités ethniques vivant majoritairement de la terre souvent bien trop avare et habitant dans des conditions relativement pauvres. Ces familles isolées des villes alentours, ont conserve leur langue, leurs savoir faire, leurs coutumes et leur propre religion. Beaucoup des minorités ethniques du pays vivent désormais en harmonie avec la majorité lao dans les mêmes villes mais certaines personnes issus de celles-ci continuent de vivre en communauté dans les montagnes. C'est ce que nous expliquait le jeune garçon Hmong rencontré dans un village près de Vang Vieng désireux d'exercer son anglais avec nous, soulignant que son peuple et les Lao sont amis.

C'est ainsi que de nos fenêtres, nous voyons défiler des scènes de vie encore traditionnelles avec des adultes et des petites filles en train de marcher sous le soleil de plomb avec des hottes chargées a bloc de plumeaux fraîchement coupés dans les champs, lesquels sont exploités ensuite par d'autres sur le bord de la route pour fabriquer les ancestraux balais du Laos, des hommes en train de passer sur la chaussée avec des bébés accroches dans le dos, des femmes et des enfants en train de prendre leur douche ensemble au puits collectif avec leur sarong.... Toutes ces personnes, toutes ces vies semblent avoir bien peu de valeur aux yeux de notre conducteur...

A chaque virage, il double sans aucune visibilité, nous avons l'impression qu'il défie la chance... Nous sommes dans l'incompréhension totale...Choc des cultures ou manque d'humanisme?
Pour nous échapper de cette ambiance effrayante, nous fermons les yeux en nous imaginant arpenter ces mêmes routes a vélo, en tandem, peut-être lors d'un prochain voyage?...

Heureusement notre bus finit par ralentir dans un village qui semble émoustillé d une fête ou des centaines de gens sont réunis . C'est l'effervescence totale et il n'y a pas un seul touriste. Nous descendrions bien ici, pour profiter de l'événement et nous fondre dans la population mais nous ignorons complètement ou nous sommes... Nous n'en saurons pas plus puisque quelques minutes après nous embarquons sur notre bateau pour Muang Ngoi.

Sac au dos, Angel s'enquiert de nos billets de bateau auprès de la vendeuse et nous voici fin prêt pour une ballade qui nous fera traverser des paysages magnifiques au travers d'un univers emprunt d'une âme envoûtante.

Alors que nous nous attendions a une banale traversée en bateau, c'est tout notre être qui est transcendé par la magie du décor dans lequel nous pénétrons au fil de l'eau. Des montagnes verdoyantes, une rivière transparente, une vallée mystique, de la vie au bord de la Nam Ou, des jardins luxuriants sur les berges...Notre embarcation large d'a peine 100 centimètres, mais longue d'une dizaine de mètres nous permet de remonter le courant et d'effectuer des franchissements digne de descentes en rafting... Question : le bateau en bois et son petit moteur résisteront-ils? Pourquoi est ce que le bateau prend l'eau sur les cote? Mais notre environnement exceptionnel nous apaise et nos yeux se régalent! Chaque mètre parcouru près des majestueuses montagnes nous invite au silence et a la contemplation...

Pendant que nous ralentissons nous apercevons une partie de la rive a laquelle est accrochée une série de maisons sur pilotis qui se fondent dans le paysage. Notre débarcadère nous accueille, une petite montée et... enfin, nous y sommes... Une grande bouffée d'air pur nous saisi, nous respirons un grand coup, le bonheur, le plaisir, la quiétude nous envahissent! Nous ne devons pas lâcher prise... Une petit course nous attend, celle de la recherche de notre gite ! Nous traversons le village et nous découvrons ce lieu ensorcelant qui nous accueillera (mais nous ne le savions pas encore!) jusqu'à la fin de notre séjour au Laos.

La plupart des maisons que nous croisons sont construites a partir de matériaux locaux, le bois et/ou le bambou. Ici, il n'y a qu'un chemin, uniquement fait de terre battue ou les vélos, motos sont inexistants, quant aux voitures... Les seuls moyens de locomotions sont les jambes... Si ce n'est pas écologique, ça !? Ainsi, le seul bruit de moteur perceptible dans le village est, a la tombée de la nuit, seulement celui des générateurs, unique source d'électricité dans le bourg avec pour certains les barrages hydrauliques artisanaux. De même, Internet et les téléphones portable n'ont pas leur place ici, et c est tant mieux. Muang Ngoi n'étant accessible qu'en bateau, il n'est pas encore relié par le réseau électrique et son éloignement d'au moins 2 heures a pieds du prochain village, nous amène a le considérer comme un bout du monde.

Dans ce paysage de cocotiers, armés de nos gros sacs a dos, nous poursuivons notre recherche de logement qui nous fait essuyer plusieurs refus, a vrai dire tout est plein... Mince, nous ne sommes pas les seuls voyageurs a avoir eu l'adresse de ce petit paradis....? Nous arrivons au bout du sentier et nous voilà bredouilles! Première nuit a la belle étoile?! Tiens, une personne nous interpelle...! C'est un Hollandais qui partageait notre bateau. Il nous annonce en anglais qu'il a trouvé des chambres de libre! Sauvés! Il s'agit d'une haute maison sur pilotis qui ne semble pas encore achevée. Nous montons les escaliers et prenons notre place. Le lieu est de confort modeste mais nous convient tout a fait : 4 murs et 1 toit! Au sol des couvertures et un matelas feront office de lit. Les toilettes sont en bas dans une toute petite cabane , presque en plein air et la douche est aussi traditionnelle que celle qui fut la notre un temps au Cambodge: a la casserole. Ce petit nid fera très bien notre affaire! Nous effectuons notre rite presque quotidien de déballage de sac : priorité a la moustiquaire ( il n'y a pas de vitres), produit anti-moustique, lampe de poche... .

L'impression de se retrouver avec la famille Ingals n'est pas très loin tellement les gens sont accueillants, souriants, simples, le tout planté dans un décor digne de Tom Sawyer sans le style colonial!

En face de chez nous, nous repérons nos voisins qui proposent des «Hebals Steams Bath and massages»... Nous sautons sur l'occasion pour nous renseigner, nous n'avons plus fait de massages depuis plusieurs semaines! Cette maison, en plus d'être une guesthouse, propose des bains de vapeur aux herbes traditionnelles ainsi que les ancestraux soins du corps lao. Pour ce soir , un massage des pieds sera le bienvenu! Des fois, on l'admet, ce voyage nous fait vivre comme des pachas...

Le lendemain nous déménageons dans cette maison d'hôte Suedo-laotienne. Ce couple a tout compris de la vie : ils élèvent tous les deux leur petit nourrisson (quelques mois a peine) avec un maximum d'amour. Ils passent leur journée a le choyer, le dorloter, le bercer tout en gérant la maison, source de leurs revenus. En bref, ils sont tous les deux 24h/24 avec le poupon, sereins et détendus. Ils ont des besoins simples, ne s'embarrassent de rien de superficiels et ne sont pas stresses par leur quotidien. Plusieurs questions nous interpellent : que voulons nous pour nos enfants, les confier a des inconnus et passer seulement 2 heures avec eux après le travail , ou bien profiter au maximum de leur présence? Pourquoi faire des enfants, si nous ne pouvons pas les voir grandir et les élever selon nos idéaux? Quel impact laisse notre rythme effréné de la vie courante sur l éducation de nos enfants? Quelles valeurs voulons nous inculquer a nos enfants, les nôtres ou celles de la nounou? En observant ce couple, la réponse vient d'elle même! Le tout est de trouver le métier qui nous le permettrait...
Muang Ngoi est vraiment très petit. Les maisons des habitants transformées en auberges font toutes restaurant avec a la carte des soupes de nouilles comme on les aime tant! Si ce village sait accueillir les touristes, il a la chance de ne pas ( encore?) porter de traces de tous leurs passages. Vang Vieng, cette petite ville du Nord aux alentours magnifiques, nous a laisse une telle image de la colonisation apportée par le tourisme avec tous ces restos occidentaux diffusant a tue-tête les épisodes de Friends, que nous craignons que la disparition de l'authenticité de ce type de village comme Muang Ngoi ne soit plus qu'une question d'années.... Peut-être que l'absence d'électricité y est pour quelque chose dans cette différence de l'effet du tourisme... Peu importe pour nous puisque ce bout du monde nous permettra de découvrir qu'une autre vie est possible et que parfois il suffit de pas grand chose pour se retrouver dans l'univers de la petite maison dans la prairie!


Pendant les jours qui ont suivi, nos journées ont été ponctuées par de riches discussions avec Francis et Emmanuel, un couple anglo-italiano immigrés a Barcelone, avec qui nous sommes rapidement devenus très proches. Mêmes aspirations, mêmes réflexions et des chemins différents qui nous permettent de nous enseigner mutuellement des savoirs issus de nos expériences singulières. Parmi nos échanges, un de nos sujets concernait la tendance des voyageurs a vouloir tout faire. Cette façon de voyager de manière effrénée en parcourant un maximum de pays, de capitales, ou un maximum de visites , activités qui permettront de dire aux autres «Ca, on l'a fait, ça on l'a vu, ça on a essayé...!», nous semble finalement être quelque chose d'épuisant et appauvrissant. A trop en faire, on passe a cote de tout, nos sens ne sont plus receptifs et l'on se perd... Une chose est sure, nous ne pouvons pas connaître la planète entière, et il serait bien prétentieux d'en avoir l'illusion. Alors pourquoi vouloir a tout prix essayer? Un philosophe, dont le nom nous échappe (désolé), a exprimé un jour, apres avoir parcouru le globe, «Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien!».

Pour méditer sur cette réflexion, nous décidons de rester une semaine ici a simplement ETRE.

retour aux autres articles du journal

 

Commentaires sur cet article

Ajouter votre commentairee

Dernieres actualités
07/09/2008 : Aeroport de Lima
30/08/2008 : Farniente sous le soleil tropical
13/08/2008 : Viva el Peru!
14/07/2008 : Nos 3 semaines au sein de l´association CIAPU
21/06/2008 : Sucre, une ville au charme indéniable
03/06/2008 : Traversee du desert de Los Lipez jusqu' au desert de sel d'Uyuni
01/06/2008 : Nos premiers jours en Bolivie
15/04/2008 : Bienvenida en Chile!
07/03/2008 : Un petit echantillon de l' Autsralie
06/03/2008 : Une page se tourne....
06/02/2008 : Notre rencontre avec le Laos: un enchantement....
16/02/2008 : A suivre .....Perdue dans la brume....
12/02/2008 : A raconter prochainement...
08/02/2008 : Bonne annee lunaire 2008!
19/01/2008 : Les saveurs du Laos


Autres liens :

Tags
muang ngoi - nam ou - bout du monde - Muang Ngoi : un paradis au bout du monde - Laos - Muang Ngoi -